ajoutée le 2007-12-05 06:09:47
Une analyse de la littérature chrétienne, des ouvrages historiques et des études sur les jeux de hasard rélèvent que
les arguments invoqués contre les jeux de hasard ont été et sont encore nombreux et très diversifiés.
Le premier thème de la critique chrétienne est la cupidité. L'argument central est le moteur principal du jeu est
la cupidité et l'amour de l'argent, qui est la "racine de tous les maux". L'élaboration de cet argument est que les
joueurs, dans leur cupidité, souhaitent que leurs adversaires perdent et ils ne se soucient guère de la souffrance
et la douleur causées par la perte - ils n'ont pas "d'amour du prochain". Une autre version, qui suggère que le jeu
ne respecte pas le huitième commandement, c'est que le jeu est une sorte de vol, mais par consentement, il est tout
aussi erroné que le duel, qui représente le meurtre par consentement. Une variation contemporaine sur le thème de
la cupidité est la suivante : les loteries sont des péchés car elles exploitent le désespoir et les vains espoirs
des pauvres et la faiblesse des dépendants des jeux, dans le but de faire du profit. Les arguments sur la cupidité
ont une liaison avec la dimension éthique du christianisme, qui concerne la bonne conduite entre les êtres humains
dans des systèmes sociaux et économiques.
La force démoniaque des jeux constitue un deuxième thème de la critique. Les mots, "Le Diable a inventé les jeux
de hasard", sont attribués au père Saint Augustin. Ou, peut être, c'est de l'Antiquité que provient l'idée que la
chute des dés est contrôlée par le diable, qui utilise sournoisement cette occasion pour susciter la discorde entre
les êtres humains et pour les mener au péché. Plus généralement, on a maintenu l'idée que les jeux disposent d'un
pouvoir démoniaque qui provoque inévitablement des comportements immoraux et de la misère. Les arguments relatifs
à ce thème, revendiquent ainsi la réalité des forces surnaturelles maléfiques non chrétiennes et soulignent qu'elles
"travaillent" dans les jeux de hasard.
Le troisième thème de la critique chrétienne des jeux de hasard inclue des arguments qui concernent la cosmologie.
Ce thème exprime l'opinion que les jeux de hasard entrent en conflit, d'une manière ou d'une autre avec la création
de Dieu et avec la cosmologie chrétienne. La thèse explique que les jeux, étant une activité régie par hasard,
perturbent l'univers ordonné créé par Dieu. On va voir quelques exemples de tels arguments:
1. Dieu est tout-puissant, rien ne se passe par hasard, ainsi, jeter les dés est un acte vilain qui oblige Dieu à
s'intéresser aux jeux.
2. Comme on dit dans la Bible, la volonté de Dieu peut justement être divulguée par l'intermédiaire du tirage au sort;
les jeux de hasard sont un acte de corruption et de profanation de cette sacrée pratique.
3. Dieu a imposé aux hommes de travailler - l'homme doit manger son pain "par la sueur de son front" et travailler 6
jours par semaine; les jeux découragent le travail et favorisent la paresse.
4. Dieu, dans sa sagesse, a décidé qu'il ne doit y avoir une correspondance entre le travail et la récompense; les
jeux bouleversent cet équilibre, car un joueur peut gagner une fortune, sans devoir travailler.
5. Contrairement aux animaux, Dieu a créé les êtres humains avec la faculté de la raison; les jeux sont irrationaux
et donc contraires aux intentions du Créateur.
Le quatrième thème est que les jeux sont perçus comme des manières d'offrir des alternatives banales, fataliste ou
occultes à ce qui est offert ou considéré vrai dans le christianisme. Cet argument de l'alternative découle ainsi de
l'ambition du christianisme de monopoliser la "vérité" sur le surnaturel et les canaux de communication avec lui.
Dans L'Eglise il existait un argument fréquent : les jeux de hasard ont leur origine dans la divination païenne et
ils sont donc inappropriés pour les chrétiens. Prennant en considération l'omnipotence de Dieu, on a aussi argumenté
que, puisque Dieu est tout-puissant, la "chance" n'existe pas. Ainsi, les jeux de hasard, qui sont fondés sur les
notions de chance, reposent sur des croyances erronées, non-chrétiennes et fatalistes. Dans la critique chrétienne
actuelle les deux arguments sont souvent entendus: les jeux encouragent de nombreuses superstitions et impliquent
souvent l'invocation des pouvoirs occultes, et ils offrent l'espoir de devenir riche et heureux, mais les vraies
richesses et le vrai bonheur sont spirituels, pas matériaux. C'est ce dernier argument qui est exprimé dans la
campagne publicitaire de l'Eglise de Suède.
On a même affirmé que les jeux de hasard, quand ils deviennent une passion, se transforment dans un un péché contre
le premier commandement: « Tu ne dois pas avoir d'autres dieux que Moi ! ». Cet argument repose sur une définition
large de la notion de "Dieu", si on prend en considération l'explication donnée par Luther dans son Grand
Cathéchisme, que "celui que vous aimez et faites confiance est correctement votre dieu". Ainsi, on considère que le
joueur passionné adore un faux dieu (un article paru dans le magazine "Christianity Today" été intitulé "Jouer
à la loterie est idolâtrie"). Parfois, un verset de la Bible qui condamne la prédiction du futur et la soumission
aveugle à la fatalité, est lié à la personne qui joue pour l'argent, plutôt que pour le divertissement. Cette
personne est critiquée à l'aide d'un argument similaire, fondé sur l'affirmation contenue dans la Bible que
« Aucun homme ne peut servir deux maîtres : car toujours il haïra l'un et aimera l'autre. On ne peut servir à la
fois Dieu et Mammon. (Matthieu 6:24).» Ainsi, le joueur vénère mammon, la personnification de la possession
matérielle, de la richesse, plutôt que de Dieu.
Pour résumer, la critique chrétienne des jeux de hasard se compose de quatre grands thèmes: la présupposée cupidité
du joueur, les jeux ayant un pouvoir démoniaque, les jeux de hasard en conflit avec la cosmologie chrétienne et
les jeux étant des effets de substitution au christianisme dans certaines questions relatives au sort, l'inconnu
et la transcendance. |